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Recours contre un artisan pour malfaçon : la marche à suivre

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Recours contre un artisan pour malfacon

« Il a pris l’acompte, fait un travail bâclé, et maintenant il ne répond plus au téléphone. » Malheureusement, cette phrase, je l’entends plusieurs fois par mois. Le conflit avec un artisan qui a mal travaillé est l’un des litiges les plus courants du bâtiment.

La bonne nouvelle : la loi vous protège. Les artisans du bâtiment sont soumis aux mêmes obligations que les gros constructeurs : garantie de parfait achèvement, garantie biennale, garantie décennale. Et l’assurance décennale est obligatoire, même pour l’artisan qui travaille seul.

Étape 1 : Constituer votre dossier

Avant toute démarche, rassemblez les preuves :

Documents contractuels :

  • Le devis signé (c’est votre contrat)
  • Les avenants éventuels
  • Les factures et preuves de paiement
  • Les plans ou croquis fournis
  • Les échanges écrits (emails, SMS — les SMS sont des preuves recevables)

Preuves du désordre :

  • Photos et vidéos datées de la malfaçon
  • Témoignages (voisins, autres artisans qui ont constaté)
  • Devis de reprise par un autre artisan (ça chiffre le préjudice)

Document clé : l’attestation d’assurance décennale de l’artisan. Elle figure normalement sur le devis ou les factures. Si vous ne l’avez pas, demandez-la par courrier recommandé.

Étape 2 : La tentative amiable

Le courrier recommandé

Avant toute escalade, envoyez une lettre recommandée avec AR à l’artisan. Décrivez les malfaçons constatées, référencez le devis, et demandez une intervention corrective sous 15 à 30 jours.

Ce courrier n’est pas une formalité : c’est une pièce essentielle si le dossier va plus loin. Un juge regardera toujours si vous avez tenté la résolution amiable.

La mise en demeure

Si l’artisan ne répond pas ou refuse d’intervenir, passez à la mise en demeure formelle. Même format (LRAR), ton plus ferme, mention des garanties légales et des suites envisagées (expertise, tribunal).

La médiation

Depuis 2016, tout professionnel doit indiquer un médiateur de la consommation sur ses documents. La médiation est gratuite pour le consommateur et peut déboucher sur un accord en quelques semaines. Ce n’est pas toujours efficace, mais c’est rapide et sans risque.

Étape 3 : L’expertise technique

Si l’amiable échoue, l’expertise technique par un professionnel indépendant est votre meilleure arme.

L’expert va :

  • Constater les malfaçons de manière objective et technique
  • Les comparer aux normes et règles de l’art (DTU)
  • Qualifier le niveau de gravité
  • Chiffrer les travaux de reprise
  • Rédiger un rapport exploitable en justice

Le rapport d’expertise transforme un « c’est mal fait » subjectif en une démonstration technique objective. Face à un juge, ça change tout.

Étape 4 : L’action en justice

Le tribunal judiciaire

Pour les litiges supérieurs à 10 000 € : tribunal judiciaire. En dessous : tribunal de proximité. La procédure commence par une assignation, souvent précédée d’un référé expertise.

Le référé expertise

C’est souvent la meilleure voie. Vous demandez au juge de désigner un expert judiciaire qui examinera les travaux de manière contradictoire (en présence de toutes les parties). Son rapport servira de base au jugement.

Le référé est rapide (quelques semaines à quelques mois pour obtenir la désignation de l’expert). L’Expertise judiciaire prend ensuite 6 à 12 mois en moyenne.

Les condamnations possibles

Le tribunal peut ordonner :

  • La réparation des malfaçons aux frais de l’artisan
  • Le remboursement des sommes versées (en tout ou partie)
  • Des dommages et intérêts pour le préjudice subi (trouble de jouissance, relogement, etc.)
  • La prise en charge de vos frais d’expertise et d’avocat (article 700 du CPC)

Cas particuliers

L’artisan a disparu ou fait faillite

Si l’artisan est en liquidation judiciaire : déclarez votre créance auprès du liquidateur. Parallèlement, contactez son assureur décennale — l’assurance survit à la faillite de l’entreprise pour les désordres de nature décennale.

L’artisan n’était pas assuré

C’est malheureusement fréquent, surtout chez les auto-entrepreneurs. Sans assurance décennale, c’est l’artisan lui-même qui est responsable sur son patrimoine personnel. Si l’artisan est insolvable, la récupération est difficile.

Leçon : vérifiez TOUJOURS l’attestation d’assurance décennale avant de signer un devis. Appelez l’assureur pour confirmer que la police est en cours de validité.

Travaux sans devis signé (travail au noir)

C’est la pire situation. Sans devis, prouver le contrat et les obligations de l’artisan est compliqué (mais pas impossible : témoignages, virements bancaires, photos du chantier). Et en cas de travail non déclaré, vous perdez aussi vos droits au crédit d’impôt et aux aides.

Combien ça coûte de se défendre ?

Les frais à prévoir :

  • Expertise amiable : quelques centaines à quelques milliers d’euros selon la complexité
  • Huissier (constat) : quelques centaines d’euros
  • Avocat : variable selon la procédure, mais comptez quelques milliers d’euros minimum pour une procédure au fond
  • expertise judiciaire (consignation) : quelques milliers d’euros avancés, remboursés si vous gagnez

Le calcul : si le préjudice est supérieur à quelques milliers d’euros et que l’artisan ou son assureur est solvable, l’action en justice est généralement rentable. Le juge condamne quasi-systématiquement la partie perdante aux frais de procédure.

Conseils de prévention

Pour éviter d’en arriver là :

  • Devis détaillé avant tout début de travaux (description précise, matériaux, délai)
  • Attestation décennale vérifiée et valide
  • Paiement échelonné (jamais plus de 30 % à la commande)
  • Photos du chantier à chaque étape
  • Réception formelle avec PV écrit en fin de travaux
  • Ne payez pas le solde tant que vous n’êtes pas satisfait

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FAQ

Un SMS suffit-il comme preuve d’engagement de l’artisan ?

Oui, les SMS sont des preuves recevables devant les tribunaux depuis un arrêt de la Cour de cassation de 2017. Conservez-les (captures d’écran avec date et numéro visible).

L’artisan propose de revenir corriger, mais j’ai perdu confiance. Suis-je obligé d’accepter ?

Pendant la garantie de parfait achèvement, l’artisan a le droit de réparer lui-même. Mais s’il a déjà tenté une réparation qui a échoué, ou si les malfaçons sont tellement graves qu’elles révèlent une incompétence, vous pouvez demander au juge d’autoriser la réparation par un tiers aux frais de l’artisan.

Mon artisan menace de poser un privilège sur ma maison si je ne paie pas. C’est légal ?

Non. Un artisan ne peut pas poser un « privilège » unilatéralement sur votre bien. Il peut prendre une hypothèque judiciaire, mais uniquement après décision de justice. Ne cédez pas à l’intimidation.

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