Mettre en jeu la garantie décennale : procédure étape par étape
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Le jour où vous découvrez des fissures dans les murs porteurs de votre maison neuve, la panique est légitime. Mais l’erreur serait d’agir dans la précipitation — ou au contraire de ne rien faire en espérant que ça se stabilise.
J’ai accompagné plus de 200 propriétaires dans la mise en jeu de leur garantie décennale. La procédure est codifiée, les délais sont encadrés, et quand on la suit correctement, le taux de succès est supérieur à 80 %. Voici la marche à suivre, étape par étape.
Étape 1 : Constater et documenter les désordres
Ce qu’il faut faire immédiatement
Dès que vous constatez un désordre suspect, documentez tout :
Photos et vidéos datées :
- Vue d’ensemble de la zone touchée
- Gros plans des désordres (avec une règle ou une pièce de monnaie pour l’échelle)
- Photos des conséquences (dégâts à l’intérieur, infiltrations, déformations)
Journal chronologique :
- Date d’apparition du premier signe
- Évolution dans le temps
- Conditions météo si pertinent (sécheresse, forte pluie)
- Signalements déjà effectués
Témoins :
- Faites constater par un voisin, un ami, un professionnel
- Un constat d’huissier coûte 200-400 € mais constitue une preuve irréfutable
Ce qu’il ne faut PAS faire
- Ne réparez pas vous-même avant l’expertise. Vous détruiriez la preuve du désordre.
- Ne faites pas intervenir le constructeur pour une « réparation rapide » sans trace écrite. J’ai vu des constructeurs colmater une fissure à l’enduit et affirmer ensuite qu’il n’y avait jamais eu de problème.
- Ne tardez pas. Si vous êtes en année 9 ou 10, chaque jour compte.
Étape 2 : Faire réaliser une expertise technique
Pourquoi c’est indispensable
L’expertise technique par un professionnel indépendant est le pilier de votre dossier. Elle remplit trois fonctions :
1. Qualifier le désordre : relève-t-il de la décennale, de la biennale, ou de la garantie de parfait achèvement ?
2. Identifier l’origine : défaut de conception, de construction, de matériaux ?
3. Chiffrer les réparations : combien coûte la remise en état conforme ?
Ce que contient un bon rapport d’expertise
Un rapport d’expertise exploitable pour un sinistre décennal doit comporter :
- Description technique des désordres constatés (avec mesures précises)
- Analyse des causes (racine technique du problème)
- Référence aux règles de l’art : DTU, normes NF, Eurocodes violés
- Qualification juridique : le désordre compromet-il la solidité ou rend-il le bien impropre à sa destination ?
- Chiffrage des réparations (devis ou estimation détaillée)
- Annexes : photos, plans, mesures
Combien ça coûte ?
| Type d’expertise | Coût moyen | Délai |
|---|---|---|
| Expertise simple (un désordre) | 800 – 1 200 € | 1-2 semaines |
| Expertise complète (multiple) | 1 200 – 2 500 € | 2-4 semaines |
| Expertise avec investigations | 2 500 – 5 000 € | 4-8 semaines |
C’est un investissement. Pour un sinistre décennal moyen de 30 000 à 80 000 €, les 1 500 € d’expertise sont largement rentabilisés.
Étape 3 : Identifier les responsables et leurs assureurs
Retrouver l’attestation d’assurance décennale
Vous devez disposer de l’attestation d’assurance décennale du constructeur. Ce document vous a normalement été remis avant le début des travaux. Il mentionne :
- Le nom de l’assureur
- Le numéro de police
- La période de validité
- Les travaux couverts
Si vous ne retrouvez plus cette attestation :
- Demandez une copie au constructeur (s’il est toujours en activité)
- Contactez le Bureau Central de Tarification (BCT) qui peut vous orienter
- Vérifiez dans votre dossier de construction (permis, contrat, correspondances)
Si le constructeur a fait faillite
C’est une situation fréquente. La bonne nouvelle : l’assurance décennale survit à la faillite du constructeur. L’assureur reste tenu d’indemniser. Retrouvez l’attestation dans vos archives ou contactez le liquidateur judiciaire de l’entreprise.
Étape 4 : Déclarer le sinistre
Au constructeur
Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception contenant :
📋 Modèle de lettre recommandée avec AR
Objet : Déclaration de désordres au titre de la garantie décennale
Madame, Monsieur,
Par la présente, je vous informe de l’apparition de désordres affectant la construction réalisée par vos soins, réceptionnée le [date].
- ▸ Nature des désordres : [description précise]
- ▸ Date d’apparition : [date]
- ▸ Localisation : [adresse du bien]
Ces désordres compromettent la solidité de l’ouvrage / rendent le bien impropre à sa destination [adapter selon le cas].
Conformément aux articles 1792 et suivants du Code civil, je vous mets en demeure de procéder aux réparations nécessaires dans un délai de 30 jours.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
À l’assureur décennale du constructeur
Même courrier, envoyé simultanément à l’assureur mentionné sur l’attestation décennale. Joignez :
- Copie de l’attestation d’assurance décennale
- Copie du PV de réception
- Rapport d’expertise (si disponible)
- Photos des désordres
À votre assureur dommages-ouvrage (si vous en avez un)
Si vous avez souscrit une assurance dommages-ouvrage, déclarez-lui aussi le sinistre. C’est elle qui vous indemnisera le plus rapidement.
Étape 5 : La phase d’expertise contradictoire
L’expertise de l’assureur
L’assureur mandatera son propre expert dans les semaines suivant votre déclaration. Cet expert est payé par l’assureur — gardez ça en tête.
Vos droits lors de cette expertise
- Vous pouvez (et devez) être présent
- Vous pouvez être assisté par votre propre expert
- Vous pouvez contester les conclusions de l’expert de l’assureur
Mon rôle lors de l’expertise contradictoire
Quand j’accompagne un client lors de l’expertise de l’assureur, je :
- Vérifie que l’expert examine tous les désordres signalés
- M’assure que les mesures techniques sont correctes
- Conteste les conclusions si elles ne correspondent pas à mes constatations
- Rédige un dire (observations écrites) qui sera annexé au rapport
La présence d’un expert bâtiment change radicalement l’issue. Sans expert côté propriétaire, l’expert de l’assureur a tendance à minimiser. Avec un expert, la discussion est équilibrée.
Un exemple frappant : à Toulon, l’expert de l’assureur avait qualifié des fissures traversantes en « microfissuration de retrait » (non décennale). Mon rapport démontrait mesures à l’appui que les fissures atteignaient 2 mm de largeur et traversaient le mur porteur de part en part. L’assureur a finalement pris en charge 67 000 € de travaux.
Étape 6 : L’indemnisation
Les délais légaux
Si vous passez par la dommages-ouvrage :
- 60 jours pour la décision de principe
- 90 jours pour l’offre d’indemnisation
Si vous agissez directement contre l’assureur décennale :
- Pas de délai légal strict, mais l’assureur a intérêt à traiter rapidement
- En pratique : 3 à 6 mois pour un règlement amiable
Les formes d’indemnisation
L’assureur peut proposer :
- La réparation en nature : il fait réaliser les travaux par une entreprise de son choix
- L’indemnisation financière : il vous verse la somme correspondant au coût des travaux
Dans les deux cas, faites valider le chiffrage par votre expert. J’ai vu des propositions d’indemnisation inférieures de 40 % au coût réel des travaux.
Étape 7 (si nécessaire) : L’action en justice
Quand faut-il saisir le tribunal ?
- L’assureur refuse la prise en charge
- L’indemnisation proposée est manifestement insuffisante
- Le constructeur est injoignable et vous n’avez pas de DO
La procédure judiciaire
1. Référé expertise : le juge désigne un expert judiciaire (6-12 mois)
2. Rapport d’expertise judiciaire : l’expert du tribunal rend ses conclusions
3. Assignation au fond : procédure devant le tribunal judiciaire (12-24 mois)
Délai total : 2 à 4 ans. C’est long, mais les taux de succès sont élevés quand le dossier technique est solide.
Chronologie type d’un sinistre décennal réussi
| Étape | Délai | Action |
|---|---|---|
| Jour 0 | — | Constatation du désordre |
| Semaine 1 | 1 sem. | Photos, documentation |
| Semaine 2-4 | 2-3 sem. | Expertise technique indépendante |
| Semaine 4 | 1 sem. | Envoi LRAR constructeur + assureur |
| Mois 2-3 | 4-8 sem. | Expertise contradictoire assureur |
| Mois 3-4 | 4-8 sem. | Proposition d’indemnisation |
| Mois 4-6 | Variable | Négociation et accord |
| Mois 6-8 | Variable | Réalisation des travaux |
Total : 6 à 8 mois dans un cas favorable. C’est le scénario que je vis dans 70 % des dossiers bien préparés.
Sur le même sujet
- garantie décennale : guide complet
- expert décennal : rôle de l’expert
FAQ
Puis-je activer la décennale pour des fissures apparues après un épisode de sécheresse ?
Oui, si les fissures résultent d’un défaut de conception ou de construction (fondations inadaptées au sol). La sécheresse est un facteur déclencheur, mais la cause est constructive. C’est un cas classique que j’expertise régulièrement.
Le constructeur propose de réparer lui-même, dois-je accepter ?
Méfiance. Obtenez un engagement écrit sur la nature et l’étendue des réparations. Faites contrôler la qualité des travaux par un expert. Un simple « colmatage » n’est pas une réparation durable.
Mon voisin a le même problème avec le même constructeur, peut-on agir ensemble ?
Oui, l’action groupée renforce votre position. Chaque propriétaire doit faire sa propre déclaration, mais les expertises peuvent être mutualisées.
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